J’ai eu, cet été, la chance, la merveilleuse chance, d’aller dans une contrée bien lointaine à la nôtre mais
qui, malgré la distance qui la sépare de sa grise métropole, fait bien partie de notre pays. Et oui, même en France il y a des forêts vierges, des îles sous les cocotiers et une faune et flore
démesurées qui ne demandent qu’à être regardées mais qui
peuvent aussi bien se jeter à votre figure.
A vrai dire, si j’avais su, « j’oré peu etre pa v’nu » : il y
a nombre de choses qui peuvent faire reculer, mais, c’est aussi ce genre de choses qui attirent et
rendent trépidante la moindre balade en forêt. Un serpent venimeux…et puis, ho, un magnifique papillon aux couleurs et aux formes extravagantes. Alors, voilà, je vais vous raconter toutes mes rencontres inoubliables avec les bestioles et plantes de la très verte et profonde Guyane française !
Après quelques longues heures de vol à survoler un pré bleu où de petits
moutons se promènent paresseusement, j’atterris sur le sol guyanais. Le ciel est couvert et nuageux, température extérieure : 32°. A peine sorti de l’aéroport de Rochambeau, une sensation
de chaleur et d’humidité tombe sur mes épaules pour ne plus me lâcher. Les palmiers de la forêt alentour bruissent d’une légère brise. Accueilli à bras ouvert par nos hôtes, je monte en voiture
pour traverser la Guyane, ou plutôt longer devrait-on dire, car de Rochambeau à Cayenne, on
ne traverse guère de forêt, mais cela donne déjà un bon aperçu de la région. La nature a ici encore ses droits, les savanes vertes qui longent la route, où seules de petites fermes timides se sont plantées, sont pour l’instant les seules visions de civilisation, on les nomme « maison de périphérie». La route s’est
frayée un chemin dans ce paysage et nous pouvons observer qu’ici la terre est d’un rouge ocre et nous apprenons que cette terre tache méchamment les vêtements clairs et qu’elle est très fertile
(je ne sais pas ce qui lui donne cette couleur).
Arrivés à notre logis, nos amis me montrent quelques insectes qu’ils avaient
conservés en les mettant au congélateur et qui attendaient mon arrivée ; ils me savent très friand de petites bébêtes. Et ce ne sont pas de vulgaires insectes que je vois là ! Surprise
après surprise, je découvre un, deux puis trois mégasomas actéons d’un noir de jais, un mâle et deux femelles : cet énorme scarabée est magnifique, le mâle possède de grandes cornes sur le
thorax ainsi qu’une défense sur la tête, sa cuirasse est lisse et immaculée. Il fait bien 17cm de long et au moins vingt d’envergure, les ailes déployées. La femelle est plus
« simple », sa carapace est rugueuse et ne possède aucune émergence, ni cornes ou piques pour la décorer ; elle est plus petite que le mâle mais fait tout de même 12cm de
long.
A gauche, on voit le magnifique et virile mégasoma, tout juste sorti de la glace pour se faire photographier. On distingue bien ses magnifiques
formes (bien qu’il soit un peu recroquevillé sur lui-même (ben oui, il avait quand même un peu froid à -20°, lui qui est habitué aux grandes chaleurs tropicales…
A droite, le mégasoma mâle, les ailes ouvertes et à droite, la femelle qui parait aussi
grande que sont compagnon sur la photo (mais ce n’est pas le cas). Là, mes bestiaux on été démembrés, vidés, recollés et enfin épinglés dans une boite indigne et sale qui ne leur enlève tout de
même rien de leur superbe.
S’ensuivent deux énormes et magnifiques papillons de nuits qui m’ont donné bien du mal pour les
identifier. L’un était un « Othorene odeva » et est un « hyperchiria aniris »
Après cet étonnant étalage d’espèces guyanaises, nous prenons un bon repas
puis nous nous couchons, après avoir fêté nos retrouvailles, dans de grands hamacs colorés, à ciel ouvert, la mer en face de nous (notre logis se trouve sur la côte de Cayenne). L’obscurité
enveloppe la Guyane très tôt dans la soirée et très rapidement (à 19 h il fait complètement noir). Ma
première nuit guyanaise a été peu reposante, avec le bruit des vagues, des pluies rapides qui font un sacré boucan lorsque les lourdes gouttes tièdes tombent sur les grandes feuilles de
palmiers ; de plus, les bruits d’insectes sont bien étranges, au point que j’ai cru un moment qu’un bricoleur fiévreux usait abusivement de sa scie sauteuse ; à vrai dire, je ne sais
toujours pas quelles étaient les bestioles qui striaient et chantaient, mais je pense que des sauterelles sont probablement à l’origine de ce vacarme, les criquets font aussi pas mal de bruit
mais ce n’est guerre différent de la métropole.
Voici hyperchiria aniris , sa forme est bien différente de toutes les familles d’Hétérocères d’Europe.
Et ici, on a un Othorene hodeva, de la famille des saturniidae ; on en trouve seulement en Guyane, ou du moins, il n’a pas été aperçu ou répertorié dans un autre secteur. Il fait 20 cm
d’envergure (plus qu’un sphinx à tête de mort pour donner une idée)
Le soleil réveille, de par sa lumière et sa chaleur, nous contraignant à nous
lever à 7h chaque matin. En me levant, j’ai l’agréable surprise de voir plusieurs colibris butinant des fleurs de bananiers. C’est un spectacle très amusant, qui m’a absorbé pendant un bon quart
d’heure : ces minuscules oiseaux qui sont d’ailleurs les plus petits du monde m’ont tout de suite fait penser au moro-sphinx, avec cette façon frénétique de voleter entre chaque fleur, de
pomper le nectar avec précision dans une immobilité parfaite qu’ils gèrent avec leurs innombrables battements d’ailes. D’autres papillons sont venus traverser mon champ de vision lorsque je
petit-déjeunais.
J’ai alors la désagréable sensation que mes bras me grattent, je regarde mes
coudes et j’ai la méchante surprise de découvrir une bonne dizaine d’énormes boutons, ma nuit en hamac a fourni un véritable banquet à tous les moustiques de Cayenne, ici, ils ne transportent pas
de maladie autre que la fièvre jaune mais ils demeurent très agressifs et impitoyables. La parade ? le « Off » ! C’est l’anti-moustique du coin et ça marche extrêmement bien,
il faut s’en asperger à chaque balade en forêts et tous les soirs, sur se point, j’ai préféré donner mon sang que de me brûler mes multiples boutons et égratignures avec ce produit
nauséabond.
Les tartines à peine englouties que déjà nous partons avec d’autres amis en
carbet. Le carbet, cette fameuse grande cabane en pleine forêt, pas de mur, pas de porte, la nature hostile nous encercle et notre seule liaison avec le monde civilisé est la grande pirogue,
attachée au ponton devant le carbet. On ne peut y accéder que par la rivière d’Orapou large d’une dizaine de mètres, affluant du fleuve Oyak (appelée
aussi Mahuri ou la Compté).
Le voyage en pirogue s’est fait dans le calme, il pleuvait une bruine digne
de Bretagne et nous étions emmitouflés sous nos ponchos, regardant sans se lasser les rives envahies de végétation tropicale. Nous apercevons ça et là des fèves de cacao et nous élaborons une
technique pour nous en faire un p’tit dej. Quand nous arrivons au carbet, le soleil est revenu. Nous accrochons les hamacs, défaisons nos affaires et nous mettons immédiatement en maillot pour
piquer une tête dans la rivière. L’eau est basse (la marée a une influence jusqu’à très loin dans les terres) et nous nous enfonçons dans la boue jusqu’aux genoux (pas très rassuré en imaginant
toutes les bestioles qui pouvaient s’y trouver. Faute de nager, nous nous lançâmes dans une bataille de boue mémorable puis sortons de l’eau aussi propre qu’un tapir ayant trouvé une belle flaque
de boue (pas besoin de se faire prier pour y retourner).
Beau comme des « negs la vase »! Un bain de boue a de nombreuses vertus
dermatologiques.
Le ponton du carbet et la pirogue à marée basse. L’eau du fleuve n’est pas des plus claires.
Les carbets sont conçus spécialement pour pouvoir y accrocher les
hamacs aux poutres.
Il y a tout de même quelque aménagement, sans quoi la nature reprendrait vite ses droits.
Après la détente, je vais faire un petit tour en forêt pour observer la nature qui nous entoure, ma première impression
est que, la forêt vierge n’est pas tout à fait comme je l’imaginais, contrairement à chez nous, il n’y a presque pas de plantes basses, ce qui fait que marcher en pleine forêt ne pose pas de
problème, en plus de ça, le sol est « gadouilleux » à souhait, il y a même des petits ruisseaux ça et là. La végétation est luxuriante et verdoyante, des lianes tombent de partout,
palmiers et arbres aux formes inimaginables poussent en masse et fleurs aux couleurs surprenantes sont dispatchées dans toute cette mélasse. Permettez-moi de vous présenter une plante assez
extraordinaire : l’awara. C’est un palmier dont les feuilles partent du sol et se déploient en éventail sur 3-4 mètres de haut, la nervure centrale de chaque feuille est recouverte d’épines
acérées de couleur noire faisant facilement cinq centimètres de long (elles perforent et transpercent la main comme couteau dans le beurre, il faut vraiment se méfier) ; ces longues épines
ne sont pas là pour nous embrocher mais pour attraper toutes les feuilles mortes tombants des arbres, ainsi, l’awara se crée son propre humus et ne laisse rien aux autres, il est d’ailleurs
surnommé « l’arbre poubelle ». On fait aussi, à l’époque de Pâques, un breuvage avec la sève de cette plante nommé « le bouillon d’awara », c’est une spécialité guyanaise qui
à donner naissance à un proverbe qui dit que « qui boira du bouillon d’awara, en Guyane reviendra » (à mon grand malheur, je n’en ai pas bu…). On fait aussi du jus avec ses fruits
ressemblant à de sorte d’abricots.
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La faune se fait beaucoup plus discrète, je ne vois aucune espèce animale pour l’instant, il faut
dire que la pluie qui venait de se déverser sur nous quelques minutes auparavant a dû leur retirer l’envie de sortir. C’est alors que je vois une immense tache bleue turquoise qui fend la
végétation en un temps éclaire pour arriver sur nous, c’est un grand papillon bien connu de tous comme l’emblème même du Brésil et de la Guyane, le
grand et magnifique morpho brésilien, connu sous bien d’autres noms comme la grande charlotte… Son envergure en d’une douzaine de centimètres et son vol est saccadé et frénétique mais il plane
dès qu’il est au dessus du fleuve ; c’est un papillon qui ne se pose que très rarement et je n’ai donc pu le photographier mais voici tout de même une photo prise sur le net, pour vous faire
partager la beauté de la bête. Il existe une demi-douzaine d’espèces de morpho dans le monde et il y a bien trois espèces que l’on peut voir couramment en Guyane.
Après cette petite balade en forêt tropicale, je rentre un peu déçu tout de même, de ne pas avoir vu plus de bestioles extravagantes, mais cela viendra. En attendant,
nous déjeunons à la lueur de chandelles, lampe électrique et torches que nous avions fabriquées. Le ventre bien plein, on serait bien facilement attiré par le hamac mais la nature m’appelle
encore une fois ; avec beaucoup d’espoir, je tends un drap entre deux poutres et le laisse pendre, puis je l’éclaire à l’aide de plusieurs torches électriques, persuadé que moult créatures
viendraient , mais mon appât marcha tellement bien que même les moustiques n’étaient pas attirés (à présent je sais ce qui n’allait pas, mes lampes n’étaient pas assez puissantes, elles étaient
mal placées et en plus pendant une journée où il n’avait fait quasiment que pleuvoir, les papillons de nuit étaient bien timides). Mais permettez- moi de vous présenté une autre photo volée sur
le web qui montre ce qu’aurait pu être ma chasse dans de meilleures conditions ; attention, c’est très impressionnant et je bave devant.
Un crissement strident perse la nuit identique au son que j’avais entendu la
veille. Je décide promptement de partir à la recherche de la bestiole qui fait ce boucan. Je la trouve à quelques mètres du carbet sur un jeune palmier, c’est une sauterelle de modeste taille
(bien plus petite que notre grande sauterelle verte) mais sa forme est étonnement différente des espèces de chez nous : son corps est bien plus élancé et plus saillant et sa tête est
surmontée d’une sorte de corne, c’est un prolongement de sa tête, formant un pic, donnant à la bête un air agressif et hostile. Je la saisis délicatement par le thorax et je m’effare devant la
taille des mandibules, elles mesurent bien un centimètre chacune et je ne doute pas de leur puissance que je teste malgré tout avec un gâteau apéritif qu’elle sectionne avec une facilité peu
rassurante. Je repose la créature sur sa plante et pars à la recherche d’autres monstres amazoniens. C’est en rentrant de mon excursion que je découvre un crapaud d’une taille effarante en train
de finir les croquettes délaissée par le chien. C’est un crapaud buffle, il fait bien 25cm de longueur et sa tête est grosse comme un poing, une long ligne marron longe sa colonne vertébrale et
ses yeux sont noirs avec de fines paupières jaunes. Je le taquine du doigt et il me le happe avec sa langue, d’une force étonnante, l’attaque est plutôt surprenante on n’a beau dire que la petite
bête ne mange pas la grosse et bien le vilain crapaud a bien essayé.
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Nous nous couchons dans nos hamacs de toile peu de temps après, je m’endors
comme un plomb. Les chiens nous réveillent à environ sept heures du mat, et une nouvelle journée commence dans la forêt. Mais avant toute chose je vais vous dire toutes les choses à faire et à ne
pas faire en carbet. En premier lieu, il ne faut jamais poser un seul vêtement couverture ou autres tissus par terre, de minuscules bestioles nommées « pou d’agoutis » s’y logent
et piquent le malheureux humain qui a été en contact avec le vêtement puis ils choisissent la peau de la victime comme nouveau logis en attendant la maturité. Autre insecte incommodant est le ver
macaque qui est une sorte d’ichneumon pondant ses œufs sous la peau des mammifères, il faut donc toujours surveiller de près chaque bouton. Une des lois de la jungle pour survivre en forêt est de
ne jamais rien toucher, on connaît très bien l’histoire des petites grenouilles colorées qui insufflent un poison mortel au simple toucher (je n’en ai pas vu, dommage …) ; mais certaines
plantes sont aussi dangereuses, ainsi que les serpents que l’on prendrait pour une liane ou une racine…
La matinée se passe tranquillement sans découverte particulière à part un gros moustique aux
pattes postérieures arborant un plumeau bleuté, de telle sorte que j’ai cru qu’il s’agissait d’un minuscule papillon au premier abord, sa carapace était bleutée-argentée lui donnant une certaine
beauté, comme quoi, même un moustique peut être très joli.
Nous repassons une après-midi à se baigner joyeusement dans la rivière, se
laissant dériver, emportés par le courant accrochés à une bouée. Quand soudain, un petit poisson d’une dizaine de centimètres remonte rapidement à la surface et effleure ma main, c’est alors
qu’une violente décharge électrique me parcoure tout le corps, me paralysant le bras et me rendant muet pendant plusieurs secondes. Lorsque je reprends me esprits, je sors précipitamment de l’eau
en annonçant à la cantonade que je viens de me faire électrocuter par un monstre écailleux, la réaction ne se fait pas attendre, panique générale et puis personne n’a remis le moindre doigt de
pied dans l’eau de toute la journée. Cela n’était jamais arrivé à personne présent dans le carbet et l’identité du poisson reste un mystère, j’ai cherché sur le net une probable identification
mais j’ai fais chou blanc : on ne parle nulle part de petits poissons électriques dans les eaux douces des rivières guyanaises, et j’en suis sûr, il ne s’agissait pas d’une anguille. Cela
reste tout de même une sacrée expérience.
En partant du carbet pour retourner à la civilisation (c’est court un week-end !) un serpent de deux
mètres de long passe entre les jambes d’un copain qui ne l’a pas vu sur le coup, mais son petit frère, derrière, était tétanisé… Le reptile part se réfugier dans les arbres et se confond
admirablement aux lianes vertes d’où son nom de « serpent liane », il progresse en projetant sa petite tête pointue de branche en branche, sa langue fourchue sifflant dans l’air.
J’apprends plus tard que ce serpent était mortel.
En arrivant à la base militaire de Stoupan où nous avions loué la pirogue, je trouve un scarabée de taille
moyenne, noir, avec un thorax d’une forme bien particulière. Il me semble qu’il fait parti de la famille des « titans ».
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La base avait aménagé pour les touristes une petite salle où ils présentaient quelques serpents ou araignées en
captivité, un cadre avec plusieurs morphos et une immense mâchoire de caïman accroché au mur comme un trophée de chasse. Nous avons visité la salle
puis nous avons repris la route pour rentrer à Cayenne, le retour à la civilisation est un choc!
Aroundel
alias Robin
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